Article de presse


01.15.2014 - 24 Heures

Handicap

«Aujourd’hui, on a le choix entre l’institution ou rien»

Après presque deux décennies à la tête de la Fondation de Vernand, Christophe Equey prend sa retraite. Impressions
A la tête d’une des plus grandes structures du canton au service des personnes présentant un handicap mental depuis 1996, Christophe Equey a cédé sa place à Mireille Scholder début janvier. A 58 ans, l’ex-directeur de la Fondation de Vernand évoque les évolutions et les défis de demain.

Vous quittez la Fondation de Vernand après dix-sept ans à sa tête. Des regrets?
Aucun puisqu’il y a de beaux projets en cours qui vont dans le sens d’une société et d’une scolarité inclusive. L’idée que nous défendons est que chaque homme et femme aient les mêmes droits. Cela commence par le droit à la scolarité, le droit à avoir un travail, mais aussi à l’autodétermination. Chacun doit pouvoir être propriétaire de sa vie et dire ce qu’il souhaite. Il n’y a pas de raison que certains soient écartés en raison de leur différence.

Et ce n’est pas le cas aujourd’hui?
De grands efforts de solidarité sont faits par la collectivité. Sauf qu’il ne faut pas juste penser que les personnes en situation de handicap ont besoin d’un toit et de manger. Il faut aussi qu’elles puissent être les acteurs de leur vie, qu’elles aient une place dans la société et qu’elles soient utiles. Il faut aussi éviter la ghettoïsation de ces personnes. C’est pour cela que la Fondation de Vernand est répartie sur trente lieux dans quatorze communes du canton et non pas dans une seule immense institution.

Quels sont encore aujourd’hui les points noirs?
Il y a beaucoup d’efforts à faire pour l’intégration de ces personnes dans les entreprises. Bien sûr, la conjoncture ne facilite pas les choses. Mais je pense que les mentalités doivent évoluer. Un autre problème est qu’aujourd’hui on a le choix entre l’institution ou rien. Or, pour les parents, il faut aller vers un système plus ouvert où on pourrait les soulager une partie du temps.

Le regard de la société sur les personnes présentant un handicap mental a-t-il tout de même changé en deux décennies?
Oui, la société est devenue plus tolérante. A mes débuts, je me souviens qu’il y avait une grande peur de la différence. On voit aujourd’hui qu’une loi sur l’enseignement spécialisé avec l’idée d’une intégration scolaire des personnes en situation de handicap est prête à passer devant le Grand Conseil tout prochainement. Mais tout n’est pas acquis. Il y a encore trop de méconnaissance du handicap. La société perçoit cela comme un poids, alors que ces personnes peuvent aussi être utiles aux autres.

La loi sur la pédagogie spécialisée a suscité beaucoup d’inquiétudes chez les enseignants et a pris du retard. Aujourd’hui, on se dirige vers une mouture moins contraignante. Un recul malvenu?
Je pense que le projet de Mme Lyon sera plutôt consensuel, mais c’est une base pour un développement futur. Je suis pragmatique, les choses ne se font pas d’un coup dans le canton de Vaud. La loi va surtout reconnaître le droit à la scolarité pour les enfants présentant un handicap et cela est très positif.

Selon vous, il faudrait intégrer tous les enfants en situation de handicap dans l’école publique?
On a besoin d’une école ordinaire qui accueille les élèves différents. Mais on a aussi besoin d’une école différente qui permette aux élèves présentant un handicap de se retrouver entre pairs. Il faut garder cette diversité car les besoins sont très spécifiques.

Avec l’évolution des mentalités, les parents d’enfants avec un handicap le vivent-ils mieux, selon vous?
Cela reste un drame. En tant que parents, le monde s’écroule. Mais la différence est que ,aujourd’hui, les mesures de pédagogie spécialisée et les ressources font que l’on peut mieux accompagner ces enfants et les aider à passer dans l’âge adulte. Les parents sont aussi mieux soutenus.

L’institution est-elle encore aujourd’hui la solution privilégiée?
Pour certains adultes, oui. Même si on favorise désormais l’autonomie. La désinstitutionnalisation à outrance n’est pas non plus une solution. Il faut garder les deux alternatives selon les besoins de chacun.

Le vieillissement des personnes présentant un handicap est-il le nouveau défi de demain?
C’est un des gros défis. Grâce, entre autres, aux progrès de la médecine, l’espérance de vie s’est accrue. Il y a cinquante ans, on estimait qu’une personne avec une trisomie 21 vivait jusqu’à 20 ans environ. Aujourd’hui, notre doyenne en a 80! Il faut donc faire évoluer les concepts d’accompagnement. La fondation est d’ailleurs en train de créer 24 places pour des aînés. Deux autres défis seront aussi à relever. Comme contribuer à une société plus inclusive où les personnes différentes ont leur place. Mais aussi accompagner les personnes souffrant de troubles de l’autisme. Ces dernières nécessitent un accompagnement très spécifique et structuré.
Pascale Burnier

Il a dit

Citation
«Il y a encore trop de méconnaissance du handicap. La société perçoit cela comme un poids, alors que ces personnes peuvent aussi être utiles aux autres»
Christophe Equey, ex-directeur de la Fondation de Vernand

La fondation

1972 L’année de création de la Fondation de Vernand, qui est au service de près de 600 enfants et adultes présentant un handicap mental.
400 Le nombre de collaborateurs qui travaillent sur les 30 sites répartis dans tout le canton. Tout cela pour un budget de 31 millions.
50 Le pourcentage d’élèves de la fondation qui bénéficient de mesures pédagogiques spécialisées parmi les 350 enfants suivis. Ainsi, 30% sont dans des classes pour enfants handicapés mais dans un établissement scolaire standard. Et 20% sont complètement intégrés à une classe ordinaire.
90 Le nombre de places de travail en atelier protégé pour les adultes. Sur les 250 adultes que suit la fondation, la majorité vit en internat dans des résidences. Environ 50 d’entre eux reçoivent une aide à domicile.


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